Fashion Letter from Lisbonne

04/07/2017


De Beyrouth à Tel Aviv en passant par Lisbonne, la Now Gen Med exprime sa vision Mode et ses enjeux. Fashion Letter from Lisbonne par Carlota Morais Pires, journaliste chez Vogue Portugal.

Contrairement à l’Italie, la France et l’Angleterre qui ont une histoire remplie de références culturelles intimement liées à la Mode, le Portugal semble seulement maintenant s’éveiller à cet univers. Il y a, bien sûr, un passé marqué par les arts et un fort héritage architectonique – mais Lisbonne n’a jamais été un lieu de révolutions, comme celles qui se produisirent à Paris, à Londres et dans d’autres villes européennes, et qui ont tant propulsé la créativité dans le milieu artistique et culturel.

Nous avons vécu quatre décennies de dictatures qui ont suffoqué la liberté et, avec elle, les arts et la culture (supprimés par la censure), la volonté de créer et la soif d’innovation et d’avenir. Les idées sortant des sentiers battus ont été abolies et un conservatisme profond a été implanté. Pendant ce temps-là, dans l’Europe des années soixante des révoltes éclatent au nom de la paix, les Beatles se laissent pousser les cheveux et oublient les chansons d’amour pour écrire sur le sexe, les drogues et le rock’n’roll. C’est à ce moment-là qu’apparaissent des personnages androgynes comme David Bowie, qui a marqué autant la musique que la Mode et les groupes commencent à s’approprier les vêtements (ou leur absence) pour crier leur message. Le XXème siècle a assisté à l’apparition de quelques-unes des plus brillantes figures, des personnes en avance sur leur propre temps, qui secouèrent le monde de la Mode avec des idées avant-gardistes. Le Portugal n’a pas accompagné l’Europe dans cette évolution et a commencé à émerger de cet isolement après 1974. Dans les années 80, commencent à surgir les premiers magazines féminins avec un espace pour la Mode, comme Máxima, Elle et Marie Claire depuis disparu. Il y a pour la première fois de l’espace pour António Variações et d’autres figures de la nuit lisbonnaise qui ont commencé à créer leurs propres vêtements et accessoires.

En 1991 a lieu la première Fashion Week à Lisbonne et, des années plus tard, une association de jeunes entrepreneurs de Porto crée le Portugal Fashion, un événement à destination de l’industrie textile et de la chaussure, tous deux très fortement implantée au Nord du pays. Ces deux Fashion Weeks se maintiennent aujourd’hui entrecoupées d’une semaine d’intervalle. Entre-temps est apparu Vogue dans les années 2000. C’était le premier magazine de Mode portugais et il est né de l’objectif de commencer à créer un nouveau paradigme au Portugal, au travers de la photographie, de l’esthétique, des arts, de la culture, de l’appropriation de nouveaux regards et du lancement de talents émergents du design.

Aujourd’hui l’industrie textile et de la chaussure continue à être l’une des plus fortes d’Europe, aux côtés de l’Italie, et c’est dans les usines du Nord du pays que Stella McCartney et Saint-Laurent produisent une grande partie de leurs collections. Cependant, la culture de la Mode est récente et il est encore difficile de trouver l’ouverture qui alimente la modernité – laissons à nos plus brillants créateurs, comme le duo Marques’Almeida, le designer de bijoux Valentim Quaresma, Alexandra Moura, Susana Bettencourt (OpenMyMed Prize 2017) et Luís Carvalho le soin de faire le premier pas en direction du futur.