Tous ces immigrés… Qui ont fait la Mode Française !

07/01/2015


A mi-chemin entre biographie et écriture linéaire de l’Histoire de la mode, Fashion Mix propose une vision différente de l'immigration, celle d'hommes et de femmes, artisans, créateurs, contribuant à faire la renommée de Paris, capitale internationale de la mode. Le tout dans un écrin approprié pour recevoir ces mystérieuses silhouettes empruntées, pour la plupart, au Palais Galliera (Paris).
Les labels de “savoir-faire français” et de “made in France” sont convoités et encensés internationalement dans le domaine de la mode depuis le Second Empire. Or, l’élaboration de cette mode française est souvent fruit de « métissage » par des créateurs étrangers.
Choix artistiques pour certains, raisons politiques pour d’autres, ces « Couturiers immigrants » attirés par le haut lieu de la culture et de l'élégance (et zone de libertés), contribuent à faire la renommée de la Haute Couture et du prêt-à-porter français ; tout en confirmant la place de Paris, en tant que capitale internationale de la mode.
L'exposition retrace par documents d’origine certains métiers de l’époque particulièrement marqués par ces flux d’immigration comme les ateliers de broderie russes dans les années 1920 ou encore les chausseurs ou mailleuses arméniens.
Fashion Mix réunit ainsi des ouvrages en hommage au savoir-faire français que créateurs arméniens, belges, espagnols, italiens, japonais, russes... font rayonner à travers le monde. Citons quelques noms connus pour aiguiser les intérêts : Charles Frederick Worth, Cristobal Balenciaga, Elsa Schiaparelli, Azzedine Alaïa, Martin Margiela, Karl Lagerfeld; mais aussi une occasion de découvrir des noms moins connus mais dont l’importance peut rivaliser avec les précédents cités : Mariano Fortuny, Robert Piguet, Raf Simons ou encore Ann Demeulemeester … autant de stylistes et directeurs artistiques étrangers qui révolutionnent la mode française, tout en enrichissant son histoire.
Cette centaine de pièces emblématiques nous toise du haut de son estrade et côtoie des documents d’archives privées et publiques (actes de création de maison de couture, dossiers de naturalisation, dossiers de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra)...). Une prouesse pour le commissaire d’exposition qui a su donner une dimension intime avec ses pièces d’exception qui émerveilleront même les personnes au regard le plus pragmatique sur la mode !
A l’heure où l’immigration est plus que jamais sujet de société, pourquoi ne pas profiter de cette exposition pour constater ce que la Culture au sens large a su apporter et apporte encore à un pays, tout en définissant visuellement ce terme si méconnu et fustigé : « Acculturation ».

Cédric Navarro, Master 1 Métiers de la Mode et du Textile, Aix-Marseille Université (AMU)